Lettre à True Beauty

Bonjour toi,

Je t’ai rencontré lorsque tu avais 11 ans. Tu avais été orientée par la PMI. Je n’étais pas censé te recevoir, car je ne pouvais normalement accueillir que les personnes à partir de 12 ans. Pour cette fois, j’ai fait une entorse au cadre.

Tu étais créative, pleine d’esprit, avec une envie de bien faire et d’avancer. C’était difficile pour toi l’école, mais tu faisais du mieux que tu pouvais. Tu aimais bien venir parler dans cet espace pour toi. Nous avons pu échanger autour de tes passions, notamment la lecture. Tu avais d’ailleurs amené ce livre « True Beauty » où l’on a pu lire quelques pages ensemble. Il y avait des éléments dans ton environnement familial qui me questionnait, mais jusque-là, je te laissais la parole et la place pour mieux comprendre ce qu’il se passait pour toi et comment tu vivais les choses. Nous ne nous sommes pas beaucoup vues, peut-être trois fois. La troisième fois que je t’ai vu, tu as évoqué des violences physiques de la part de ton père. J’ai dû envoyer une information préoccupante pour signaler ta situation. J’ai prévenu ta mère de ma démarche. Elle ne parlait pas très bien le français, je ne sais pas si elle a compris ce que je lui disais. Après cela, je ne t’ai pas revu.

Le seul retour que j’ai eu, c’est un appel du commissariat quelques mois plus tard, afin d’échanger sur ta situation. J’ai pu leur partager les éléments que j’avais. J’étais inquiète pour toi, ainsi que pour ta mère. Il y avait un climat de violence conjugale et d’emprise.

Quelle ne fut pas ma surprise quand 1 an plus tard, après être venu pour la dernière fois à mon lieu de travail entre 10h et 12h, j’entends sonner.

J’ouvre la porte et je te vois avec ta mère.

Vous entrez. Je te propose un temps d’échange et j’apprends que depuis notre dernière rencontre, la police est intervenu. Ta mère a quitté ton père en étant accompagnée par des structures d’aides sociales et vous êtes maintenant en sécurité. Au niveau scolaire, tu semblais plus épanoui et tu continuais tes lectures.

Tu as demandé à reprendre un suivi, mais je partais, je ne pouvais plus t’accompagner. Je t’ai orienté vers une collègue. Je ne sais pas où tu en es aujourd’hui, mais je suis heureuse de t’avoir rencontré, d’avoir appris à te connaître et d’avoir partagé un bout de chemin avec toi.

Merci pour ta confiance.

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