Lettre à La Reine de cœur

Salut, celle qui porte le nom de la reine qui coupe des têtes. Il semblerait que cette fois-ci, c’est moi qui ai coupé des têtes.

Non pas pour le plaisir, je m’en serai bien passé, mais plutôt par nécessité pour ton bien-être physique et mental.

J’essayais d’être compréhensive et d’accompagner tes parents pour qu’il puisse faire les démarches et prendre soin de toi. Tu avais 13 ans, il y avait de grave trouble anorexique, avec des problèmes de santé important, ainsi qu’une prise en cachette d’alcool en quantité importante.

Malgré les alertes, tes parents refusaient de faire des démarches pour un accompagnement dans des centres spécialisés. Ils minimisaient ton état et disaient que tu allais bien. Par la loi, tu étais en danger et leur réaction n’était pas adaptée. Tes parents ont essayé de me faire porter le chapeau en disant que c’est moi qui disais n’importe quoi et m’ont menacé de porter plainte. Je rappelle que lorsqu’il y a de la maltraitance et une non prise en compte des besoins d’un enfant, il me semble que ce n’est pas la personne qui le signale qui est le problème.

Je dirai que tes parents étaient eux-mêmes perdu par rapport à leur histoire personnelle et une difficulté à accepter la gravité de la situation. Peut-être pouvons-nous mettre cela sur le dos d’une méconnaissance et d’une difficulté à se remettre en question.

Dans tous les cas, tu es intelligente, consciente et tu vois tout. Je le sais, tu comprends beaucoup de choses. Ce qui a été difficile pour moi est que tu t’es sentie trahi lors de ma démarche d’Information Préoccupante. Tu parlais peu de tes difficultés et ressentis aux autres, car c’était difficile pour toi et je pense que tu te sentais incomprise. Tu ne t’attendais sans doute pas à trouver un être face à toi qui écoute réellement tes propos et qui ne laisse pas couler. Tu avais l’habitude de rester dans la façade, la minimisation et le paraître. Tu pensais que cela fonctionnerait également avec moi, que tu pourrais me dire des propos inquiétants et que je n’en ferai rien. En même temps, cela était ton quotidien, il y avait un climat de banalisation de la part de tes parents.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé après cette information préoccupante, car je n’ai pas eu de retours et nous ne nous sommes pas quittées en très bon terme.

Je me souviens que tu avais l’impression d’être dans un trou noir et qu’il n’y aurait pas d’issue. Je ne sais pas de quoi ta vie est faite, mais je pense qu’il y a plein de belles choses qui t’attendent. Tu avais une grande capacité au niveau scolaire avec des désirs d’intégrer de grandes écoles. Je pense que tu as la capacité de réaliser tout ce que tu désires. Tu avais aussi une très belle plume, merci pour le partage de certains de tes écrits.

Même si tu as regretté après coup de m’avoir parlé, tu as osé te montrer et me partager des choses difficiles pour toi. Je te remercie pour ces échanges et de t’être confié. Je te souhaite le meilleur dans ta vie.



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